Sylvie Klijn voix, clavier, effets
Christoph Utzinger contrebasse
D’Amsterdam au Léman, le parcours de Sylvie Klijn trace une route étonnante qui ne cède jamais aux convenances. Formée au Conservatoire de Fontys dans le Nord Brabant, une carrière de pianiste classique se dessinait pour elle. Mais la native des Pays-Bas a préféré migrer sous d’autres latitudes pour explorer le jazz et la pop, dans les classes de chant et de composition de la Haute École de Musique de Lausanne. Lauréate de la prestigieuse fondation Leenaards en 2025, la musicienne est également sélectionnée pour les résidences d’artistes émergents de l’Abri, à Genève.
Usant de son savoir-faire de claviériste dans un contexte novateur, Sylvie Klijn creuse sa ligne dans la pratique du chant, développant une curiosité sans limites pour des formes variées. Ce sont des chansons folks croisant les airs de Scarlatti, accompagnés d’un accordéon, une guitare glissée sous des mélodies d’ascendant bossa nova. Pour son nouveau projet, Ton sur Ton, Sylvie Klijn joue en duo avec le contrebassiste Christoph Utzinger, un pilier du jazz helvétique, compositeur et ingénieur du son, formé à la Haute école des arts de Berne. Nuance, clarté, hésitation, confiance et curiosité: telles sont les maîtremots de ce binôme scintillant.
TON SUR TON est un tissu sonore translucide tressé à partir de la contrebasse (Christoph Utzinger) et de la voix, entrelacé de textures au clavier et de fins fils d’effets (Sylvie Klijn). Telle une étoffe fluide aux reflets délicats, la musique se déploie en transitions douces et plis discrets. TON SUR TON – son dans le son, couleur sur couleur – incarne la nuance, le voile délicat et la clarté tissée serrée. Une recherche de transparence dans ce qui est caché, de profondeur dans le bruissement le plus doux.
Telles des filaments colorés, des histoires mélodiques parcourent la trame sonore, racontant l’histoire d’une maison qui s’effondre lentement, symbole d’une amitié qui s’est discrètement éteinte, d’une déchirure dans le tissu malgré l’envie de s’accrocher, et d’un temps perdu et irrécupérable: «J’ai failli perdre la vie en comptant tout ce que j’avais.»Dans des plis et des textures inattendus, parfois comme un voile léger, parfois moulants, les paroles enveloppent les histoires pour offrir une nouvelle perspective.
Dans ce duo, deux voix, deux lignes de pensée s’entremêlent à parts égales, hésitantes, curieuses, confiantes. Dans un jeu subtil, des espaces émergent où les rôles changent, prennent forme, se dissolvent à nouveau. «Nous ressentons toute la liberté qu’offre le duo: chercher, ressentir et réinventer constamment nos rôles. Une grande responsabilité repose sur chacun de nous, mais en même temps, nous voulons rester dans l’instant présent et faire confiance à notre intuition», explique Sylvie. De ce jeu partagé, entre intuition et responsabilité, naît un son qui touche: sincère, attentif, pur.
TON SUR TON, c’est écouter les yeux fermés – et voir ce qui reste non dit. Ce qui peut sembler simple à première vue révèle des motifs superposés lorsqu’on l’écoute de plus près – une recherche commune de sens dans le son. Un jeu entre révélation et voile – ressentir, respirer, être éveillé.