Ensemble Intercontemporain

Nicolò Foron

Steve Reich

Musique contemporaine
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jeudi 11 juin Alhambra
Grande salle
20h00

Steve Reich

Different Trains

City Life

Ensemble intercontemporain

Nicolò Foron direction

Concert événement! Trois décennies après avoir créé le chef-d’œuvre composé à son attention par Steve Reich, l’Ensemble intercontemporain, fondé en 1976 par Pierre Boulez, s’installe à l’Alhambra pour une soirée unique.

City Life. New York, 1995. Une voix résonne entre les gratte-ciels de Manhattan. Trafique dans la «Big Apple». Les klaxons collent aux néons. Une oreille se tend vers le bruissement infini des avenues. Qu’entend-t-elle? Steve Reich, figure centrale de la musique dite répétitive, capte le bouillonnement sonore de sa ville natale, enregistré in vivo, rendu sur scène en direct par deux échantillonneurs intégrés aux rangs de l’orchestre. Une pulsation sourd d’entre les cordes. Ce sont des pas. Une machine de chantier à présent! Quand revient la course du piano, accords implacables lâchés dans cet océan sonore, il n’y a plus de doute, la ville bat sous les mains des musiciens. New York est là, pour de vrai dans nos oreilles, qui s’enfuit dans un taxi, «yellow cab» poursuivit par une sirène hurlante, puis devient clarinette, chantant doucement par-dessus la «skyline».

Surprenante, captivante, violente aussi, la ville de Steve Reich est extraordinaire. Le maître du déphasage rythmique, le minimaliste indocile, est un poète incomparable, qui rend avec City Life une vision hallucinante de notre univers contemporain.

Vision qui fait écho aux paysages autrement plus sombres de Different Trains. En 1988, Steve Reich réunit, sur bande-magnétique cette fois, accompagnés de cordes, les témoignages de survivants de l’Holocauste, et ceux, encore, d’un employé américain des wagons-lits, mêlés aux sons de trains européens et américains des années 1930 et 1940. Les souvenirs défilent, les paysages reviennent en mémoire, comme autant de repères dans ces vies en déplacement. Chicago, Los Angeles… Vertigineuse perspective que cette confrontation entre l’insouciance de Reich, enfant, qui traversait les Etats-Unis, et ses contemporains victimes de la Shoah.

Il y a des moments où une relation ancienne trouve une nouvelle forme, plus évidente, plus féconde. L’année 2026 marque un moment de cette nature pour l’Ensemble intercontemporain, qui a rejoint la Philharmonie de Paris en tant que sixième département de l’institution.

Depuis le 1ᵉʳ janvier, l’ensemble de trente-et-un solistes, dédié à la création et à l’interprétation des musiques des XXᵉ et XXIᵉ siècles, s’inscrit pleinement dans le projet artistique et culturel de la Philharmonie. Ce rapprochement n’est ni un simple changement de statut, ni un geste administratif : il prolonge une histoire partagée, engagée dès 1995, lorsque l’Ensemble intercontemporain devenait résident à la Cité de la musique.

Au fil des décennies, un même horizon s’est dessiné : défendre la création musicale, inventer de nouvelles formes de concert, transmettre, expérimenter, renouveler les manières d’écouter et de partager la musique. L’intégration de l’Ensemble apparaît aujourd’hui comme l’aboutissement naturel de ce compagnonnage, et comme une manière d’affirmer, avec force, que la création est l’un des piliers fondateurs de la Philharmonie de Paris.

«Ce nouveau chapitre répond à une ambition partagée : placer la création au cœur du projet de la Philharmonie tout en offrant à l’Ensemble intercontemporain un cadre structurant pour poursuivre son développement», souligne Olivier Mantei, directeur général de la Philharmonie de Paris.

Désormais pleinement associé à la gouvernance et au fonctionnement de l’institution — aux côtés des départements Concerts et spectacles, Orchestre de Paris, Musée de la musique, Éducation et Savoirs —, l’Ensemble intercontemporain bénéficie d’une articulation renforcée avec l’ensemble des équipes de la Philharmonie. Cette nouvelle configuration ouvre un champ élargi de possibles : projets artistiques de plus grande ampleur, formats hybrides et scéniques, expérimentations pluridisciplinaires, mais aussi actions ambitieuses d’éducation artistique et culturelle.

Pour Pierre Bleuse, directeur musical de l’Ensemble, «cette intégration ouvre un horizon des plus enthousiasmants : davantage de possibilités de création, de production, de rencontres, et une collaboration encore plus étroite avec l’ensemble des équipes de la Philharmonie».

Même élan du côté de la direction de l’Ensemble : «la dynamique artistique de la Philharmonie, conjuguée à l’expertise de nos équipes, ouvre de nouvelles perspectives et renforce le rayonnement d’un ensemble unique au monde», souligne Patrick Hahn.

Fidèle à la vision de son fondateur, Pierre Boulez, l’Ensemble intercontemporain conserve ce qui fait son identité depuis 1976 : une vocation profondément expérimentale, nourrie par le dialogue avec les compositeurs et compositrices, l’exploration des nouvelles techniques instrumentales, l’invention de formes musicales en prise avec leur temps, et une attention constante à la transmission.

Cette nouvelle étape s’inscrit dans le prolongement du centenaire de la naissance de Pierre Boulez, célébré en 2025, et dans une réflexion plus large sur le rôle des grandes institutions culturelles face aux enjeux artistiques contemporains. À l’heure où l’Ensemble intercontemporain s’apprête à célébrer son 50ᵉ anniversaire au sein même de la Philharmonie de Paris, c’est bien un avenir ouvert, collectif et inventif qui se dessine — fidèle à un demi-siècle de création, et résolument tourné vers ce qui reste à imaginer.

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